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 HIPPOLYTE ► Toute connaissance commence par les sentiments.

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MessageSujet: HIPPOLYTE ► Toute connaissance commence par les sentiments.   Dim 22 Juil - 0:44

Hippolyte Pâris


Corakis



« A l’autre bord je viens pour vous mener,
Dans la nuit éternelle, et le feu, et la glace. »
Extrait de la Divine Comédie de Dante.

Henry Cavill © Tumblr



Identité


Je m'appelle Hippolyte Pâris Corakis mais on me connaît plus volontiers sous le nom de code de l' Érudit. J'ai 212 ans, néanmoins je parais plus proche de la trentaine. Je suis né le 7 Juin, en l'an 1800, à Héraklion sur l'île de Crète et je suis Américain, avec des origines grecques. Je suis un ex-vampire hétérosexuel et j'occupe le poste d' Ancien Éclaireur au sein du Talamasca.

Capacité Spéciale ; A la base, le don d’Hippolyte se nommait mémoire eidétique. Grâce à une activité cérébrale plus développée que la moyenne, il pouvait sans peine se souvenir de détails vieux de plusieurs mois ou de paroles prononcées près de lui, de croquis, de gestes aperçus à la forge. Il emmagasinait une tonne d’informations ce qui, vers ses vingt ans, commençait déjà à lui causer quelques migraines passagères. Mais avant que son mal ne puisse grandir, il s’est vu offrir le Don Obscur par Pasiphaë. La touche de surnaturelle qu’il avait en lui s’est mise à brûler comme un incendie. Son pouvoir s’est développé, embrasé car alimenté par sa toute nouvelle condition de vampire. Durant cette période, le Grec était capable de lire le langage corporel d’autrui avec facilité, puis de s’introduire dans l’esprit de ses interlocuteurs pour y dénicher leurs pensées. Leurs désirs, leurs peurs. Leur mémoire toute entière lui était accessible. Et lorsque la personne disposait d’une protection plus ou moins poussée, il concentrait tout son pouvoir par le toucher… ainsi, il arrivait généralement à percer les plus dures défenses.

Pasiphaë l’aida à perfectionner son Don. Juste avant qu’il ne redevienne humain, Hippolyte avait atteint un degré de puissance tel qu’il était capable de retracer la lignée d’un être en sondant son esprit, en atteignant un minuscule recoin de son cerveau où dormait quantités d’informations sur ses gènes. Cette connaissance lui permettait d’offrir de sérieuses informations au Talamasca, chose qu’il ne se privait pas de faire autant par simple intérêt que par réel désir d’étoffer leurs dossiers.

Puis il découvrit la Griffe de Dragon en Asie et toutes ses capacités disparurent, annihilées par sa mortalité. S’il perdit la majorité de ses pouvoirs, ç’en fut de même pour sa mémoire absolue. Durant les premières années qui suivirent sa transformation, il reprit des habitudes plus humaines et ladite mémoire sembla revenir. Moins forte qu’auparavant, moins détaillée. Mais agrémentée d’une nouvelle branche plus utile : la télé-empathie. Nettement moins puissante que la télépathie ou la simple empathie, mais très utile pour deviner les intentions des personnes proches de lui. Car oui, son « pouvoir » n’a qu’un champ d’action très limité et pour qu’il soit véritablement efficace, il faut que la personne soit à moins de dix mètres de lui. Outre son Don, Hippolyte s’avère aussi être un fin psychologue à ses heures, habitué à décrypter les moindres expressions/gestes/tics nerveux pour dresser un portrait psychologique et à relever les détails insignifiants.


Habitudes Diurnes
Depuis qu’il est redevenu humain, Hippolyte savoure les heures de jour d’une façon bien particulière. Bien qu’il passe volontiers de longues après-midi dans sa véranda à étudier, il lui arrive assez régulièrement de sortir et de se mêler à populace de la Nouvelle-Orléans, qu’il trouve très intéressante dans son ensemble. Grâce à son pouvoir particulier, il arrive aisément à déterminer si ceux qu’il rencontre sont humains ou non – des manières d’un autre temps, un regard plus vieux, un vocabulaire recherché. Autant de signes qu’il sait interpréter. C’est un petit exercice ludique auquel il aime se soustraire, sachant qu’ainsi il s’entraîne à voir les limites de son don atrophié depuis sa reconversion en mortel. Il lui arrive donc de se tromper… Mais c’est de plus en plus rare.
Il fréquente tous les établissements de la ville, sans distinction ou presque, autant par simple intérêt que par plaisir et besoin. Besoin professionnel, cela s’entend. Il entretient avec attention ses contacts diurnes, le rendant de petites visites de courtoisie ou rendant des services à ses « nocturnes » durant la journée. Il lui arrive donc de faire le coursier pour quelques vampires, chose qu’il accepte assez humblement du moment qu’il ne s’agit pas d’aller ponctionner quelqu’un pour avoir du sang tout chaud ou d’abattre un autre mort-vivant dans son sommeil. Des tâches insignifiantes qui lui permettent au final d’avoir un réseau étendu et fourni, au grand plaisir de ses employeurs.
Outre ces occupations un peu rébarbatives, Hippolyte peut aussi décider sur un coup de tête de quitter la ville. Ou le pays, pour suivre une piste vieille de plusieurs siècles ou son instinct, qui s’est révélé être son ami le plus précieux durant toute sa longue existence. Mais l’Erudit sait aussi profiter de sa toute nouvelle vie, bien qu’il ait du mal à voir les boîtes de nuit comme des endroits intéressants ; pour lui, passer une bonne soirée se résume à trouver de la compagnie en consommant un peu d’alcool. Toutefois, ces activités sont réservées aux soirées. En plein jour, il décortique de vieux mythes, rencontre des gens, conserve un bon niveau de relation avec ses contacts et… savoure tout simplement la caresse du soleil sur sa peau, quelque chose qu’il n’avait plus senti depuis des siècles.
HABITUDES NOCTURNES
Guéri de son mal depuis maintenant dix ans, Hippolyte a eu le temps de se réhabituer à la vie d’un mortel. La plupart du temps, donc, il se repose une fois la nuit bien avancée. Ses heures de sommeil ne sont pas très nombreuses, c’est un fait, néanmoins il n’en souffre pas. Sans doute un effet secondaire de son remède, ou alors cela vient-il du fait qu’il a passé les trois premières années à dormir ? Quoi qu’il en soit, il n’a pas besoin de dormir énormément et emploie par conséquent ce surplus de temps libre à des activités moins cérébrales – quoi que. Parfois, il s’isole dans son bureau pour dessiner de nouveaux motifs d’armes ou d’armures qu’il glisse ensuite dans d’imposants classeurs, lesquels sont vite rangés dans sa bibliothèque. Il existe aussi d’autres classeurs, réservés à des croquis plus personnels qui retracent sa vie d’humain, puis celle qu’il a eue en tant que vampire. Il les garde hors de portée de vue, les considérant comme des fragments de son passé qu’il ne dévoilera qu’avec des proches. Son coup de crayon lui a autrefois énormément servi pour établir des cartes approximatives grâce aux écrits qu’il traduisait… Mais aussi à exécuter de très belles répliques de certaines œuvres d’art célèbres. C’est pourquoi il affiche dans une seconde pièce tout un panel de tableaux d’artistes variés, des originaux ceux-ci, offerts par sa Créatrice. Il aime bien les regarder et se dire qu’en réalité, personne n’a jamais pu faire la différence avec les siens. Créé par un anonyme, sous le pseudonyme de véritables peintres, ses propres tableaux font le tour du monde et sont admirés par tous. Il n’en possède qu’une poignée, mais c’est sa plus grande fierté – même s’il ne peint plus depuis des années, il aime les avoir sous la main et ne s’en séparerait pour rien au monde. Passées les envies de contemplation, Hippolyte sort, très régulièrement, dans différents bars. Qu’ils soient réservés aux vampires ou aux lycanthropes ne le dérange pas particulièrement, sauf si les humains sont interdits – dans ce cas, il change d’établissement. Il n’est pas bien difficile, il aime tout aussi bien rester seul dans un coin de la salle que rejoindre une femme pour faire sa connaissance. Vampire, il rencontrait un franc succès auprès de la gente féminine… Humain, c’est un peu moins flagrant, mais plus agréable. Principalement parce qu’il n’a pas l’impression de les attirer à cause de son charme surnaturel et qu’il n’a pas une envie morbide de les mordre à la jugulaire.
DESCRIPTION PHYSIQUE
Prédestiné, en tant qu’humain, à diriger la forge après la mort de son père, Hippolyte Corakis était rapidement devenu un jeune homme fort, aux muscles bien dessinés et à la puissance suffisante pour tenir sa place auprès de son géniteur. Pendant l’adolescence, le Grec a pris vingt bons centimètres ce qui l’a fait atteindre le mètre quatre-vingt-cinq sans difficulté ; un exploit si l’on considère la moyenne de l’époque qui plafonnait assez bas. En riant, sa mère disait qu’il avait du sang de géant dans les veines – qui sait, elle avait peut-être raison ? Puis survint sa transformation en vampire. Figé dans ses vingt ans, l’âge parfait, il conserva durant des siècles un visage encore légèrement marqué par l’enfance et seul le profond bleu céruléen de ses yeux paru s’obscurcir avec les ans. Sa carnation hâlée s’est rapidement éclaircie, conservant juste un imperceptible bronzage et d’autres menus détails ont continué de s’opérer. Si infimes qu’il ne les voyait pas toujours. Les seules choses intéressantes furent les différentes coupes de cheveux qu’il adopta durant les décennies, jusqu’à celle d’aujourd’hui. Ces dix dernières années, il a pu savourer le passage des ans de façon plus concrète. Des pattes d’oies au coin des yeux, la perte définitivement de la marque de l’enfance, des traits davantage appuyés sans devenir désagréables à regarder. Dans ce nouveau siècle, les femmes ont tendance à considérer les hommes entrant dans la trentaine comme plus séduisants, un avis qui se confirme lorsque l’on regarde Hippolyte aujourd’hui. Il entretient son corps sans y faire attention, quelques joggings ou entraînements avec de la fonte font son bonheur, et il en viendrait presque à regretter le travail de la forge : difficile, épuisant mais gratifiant.
Dans sa vie quotidienne, il porte toujours des chemises et des jeans sombres, sauf cas exceptionnels. Lorsqu’il faut faire un effort, il enfile volontiers des costumes qu’il paie avec l’argent qu’il a accumulé pendant des années de différentes façons. Il aime être bien habillé, surtout vu les créations de cette époque, et cela se ressent dans sa garde-robe ainsi que dans ses parfums. S’il est né à une période où l’on s’habillait surtout avec un pagne et deux ou trois autres fioritures, il s’est très bien adapté à la vie d’un homme en l’an 2000. La seule fantaisie qu’il s’autorise, c’est sa barbe de quelques jours qu’il n’entretient pas régulièrement il faut l’avouer. Mais ne vous inquiétez pas, vous ne le verrez jamais arriver à une réception en mode Cro-Magnon, pour ça il est toujours rasé de près. Et il sent bon.
CARACTÈRE
Nostalgique, c’est un fait. Il l’est, ça fait partie de son caractère autant que son affection pour l’art ou sa faiblesse pour les belles femmes. Mais il ne se voile pas la face pour autant, s’il avait eu le choix un jour d’effacer sa vie vampirique et de terminer son existence en tant que forgeron auprès de sa famille, il ne l’aurait pas fait. Parce que malgré toutes les épreuves qu’il a dû traverser, il apprécie le résultat. Découvrir l’évolution du monde, ses guerres certes, mais aussi ses plus grandes réussites. Marqué par les tragédies, émerveillé par les avancées technologiques ou médicales, il s’est longtemps contenté du rôle d’observateur. En tant que vampire, Hippolyte s’emmurait dans un silence angoissant au fil des siècles. Rien ne semblait plus pouvoir l’atteindre, sauf lorsque son intérêt s’éveillait à la vue d’un mystère ou plutôt à l’odeur d’un sang exceptionnel. Sans aller jusqu’à dire qu’il était un Immortel uniquement intéressé par l’hémoglobine, il éprouvait toutefois une certaine fascination pour ça. Les premières années, il s’était révélé être assez incontrôlable à cause de sa Soif, puis il était parvenu à s’apaiser… Toutefois la passion dévorante était restée. Combien de fois, avec sa maîtresse, s’était-il perdu lors d’intenses séances de dégustation ? A l’image du bon vin que l’on tente d’identifier, les deux vampires s’amusaient à boire différentes coupes remplies à ras-bord et d’associer le sang à l’un des pauvres bougres présents. Mais malgré sa faiblesse, Hippolyte ne s’était jamais montré cruel envers les Humains. Il les estimait bien trop, contrairement à la majeure partie des vampires qu’il connaissait. Il parvenait à deviner leurs forces ainsi que la brillance de leur vie éphémère.
Suite à sa transformation, il a donc perdu tout intérêt – ou presque – pour les mythes et les artefacts, au profit du sang. Un échange pas forcément gagnant, qui a fini par le pousser à retrouver sa mortalité. Incapable de se faire à l’idée de ne plus jamais retrouver cet entrain pour la recherche, le contact du soleil sur sa peau ou des émotions qui, bien que de moindre intensité, étaient tellement moins… sanglantes, Hippolyte entreprit de placer une partie de sa fortune personnelle sur une piste nébuleuse qui l’accapara durant le dernier siècle de sa vie. Bien qu’il soit un vampire pour le moins agréable de compagnie, il n’entretenait pas de véritable relation amicale puisqu’il passait plus de temps isolé dans son manoir qu’avec ses congénères surnaturels. Seules deux femmes partagèrent une partie de sa vie, sa Créatrice qui accepta son désir de redevenir humain et s’engagea à ne pas le retransformer ou le harceler ainsi qu’une jaguar-garou. Cette dernière a beaucoup compté pour lui, bien qu’ils ne se le soient jamais clairement dit.
Charmeur, tendre et malicieux, il a été l’amant de nombreuses autres femmes, mais aucune ne sut le captiver de la même façon. Son âme sombre bien trop torturée pour s’attacher à pareilles créatures, il s’efforça de se tenir à l’écart des mortelles dont il pouvait voir la flamme s’éteindre en quelques décennies – ce qui équivalait à trois battements de paupières pour le vampire. Il partagea la couche de quelques lycanes qui passaient outre la mauvaise réputation des vampires et découvraient, agréablement, qu’ils n’étaient pas tous de simples suceurs de sang maléfiques ; une rumeur totalement infondée, par ailleurs. Mais peut-être que les femmes sont aussi attirées par lui par l’aura qu’il dégage, cet homme tourné vers le passé et tourmenté, plus que par son physique qu’il sait avantageux. Néanmoins il ne faut pas s’imaginer qu’il est étranger à une telle fascination. Il sait s’en servir et si l’une d’elles lui plaît il n’hésitera pas à le faire. Hippolyte n’est pas un coureur de jupons volontairement, puisqu’il a tendance à n’avoir qu’une seule maîtresse à la fois. Toutefois, l’ex-vampire qu’il était appréciait passer ses soirées accompagné, par une ou plusieurs femmes, grisé par toutes les sensations qu’il pouvait donner et ressentir… et aussi par le sang, pimenté d’adrénaline, de plaisir. Amateur de bonne chair, donc, c’est indéniable.
Mais aussi et surtout professionnel. Depuis qu’il est redevenu humain, et que la tentation du sang n’a plus d’effets sur lui, Hippolyte s’est replongé avec plaisir dans les recherches. Mythes, légendes, rumeurs, toutes ont parfois une once de vérité qu’il s’efforce de trouver ; parfois il ne fait que s’engager dans une impasse de plus, mais d’autres fois il parvient à mettre la main sur quelque chose d’intéressant qu’il entrepose aussitôt dans sa cave aménagée pour accueillir ses trouvailles les plus précieuses. Quelques fossiles qui prouvent que les créatures surnaturelles existent depuis l’aube des temps, des objets disposant de puissants pouvoirs magiques, des parchemins couverts de sortilèges écrits, etc. Pour trouver tout cela, il doit voyager ce qu’il adore faire. Découvrir de nouvelles cultures, partager son savoir. C’est à la base un homme d’action, néanmoins son amour pour le passé en ferait presque un rat de bibliothèque.



Derrière l'écran


Pseudo ; Hippo. Âge ; majeur, depuis l'temps.. Fréquence de connexion ; tout autant que l'actuelle. Comment avez-vous connu le forum ? vous ne devinez pas ? Comment trouvez-vous le forum ? à votre avis ? Multicompte ? [ X ]OH YEAH / [ ]NO. Code (en spoiler) :
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Dernière édition par Hippolyte P. Corakis le Lun 12 Nov - 23:12, édité 20 fois
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MessageSujet: Re: HIPPOLYTE ► Toute connaissance commence par les sentiments.   Dim 22 Juil - 0:44


Histoire


« I will try to find my place. »

Premier jour, sujet d’expérience « l’Érudit. »

La porte pivote lentement sur ses gonds, laissant filtrer un lumineux rayon qui agresse sa rétine sensible. Il détourne vivement la tête pour se protéger de l’éclat du jour mourant et ne daigne observer le nouveau qu’une fois la pénombre revenue. Ils s’observent, silencieusement, à tel point qu’on en arrive à se demander qui est le patient. La jeune infirmière, restée en retrait, reçoit l’ordre de s’avancer et de procéder aux examens de base. Elle s’exécute avec professionnalisme, ne laissant rien transparaître du trouble qui l’anime. Cet homme la fascine, il est un cas d’étude plus qu’intéressant pour elle et elle se rend compte de la chance incommensurable qu’elle a de pouvoir l’approcher d’aussi près. Alors qu’elle commence doucement à se détendre, l’Érudit braque vers elle son insoutenable regard… Ses iris, teintés d’un sublime bleu Maya, semblent lire en elle et traverser ses pensées sans la moindre difficulté. Soudainement mal à l’aise, elle pique un fard monstrueux et se concentre sur la prise de pouls du patient : tout, mais pas son regard. Il a l’air d’en savoir trop sur elle, alors qu’ils ne se sont jamais vus. A quelques pas du couple insolite, le médecin tire une chaise et s’assoit tranquillement en sortant un calepin de sa poche avant. Un discret clic lorsqu’il dégaine son stylo-bille, puis il s’adresse enfin à son cobaye vivant. Il ne le regarde pas comme un humain observe un autre humain. Pour lui, ce n’est qu’un sujet d’expérience, il n’est pas là pour se lier d’amitié avec cette anomalie et ne désire rien de plus qu’acquérir le savoir que cet être, aussi anormal puisse-t-il être, dispose.

« Bonjour, Docteur Emerson. » L’esquisse d’un sourire agacé tord les traits de l’homme de sciences. Il ouvre son petit livret pour y annoter quelque chose de son écriture nerveuse et, au bout d’un moment, relève la tête.

« Bonjour. Vous n’avez manqué de rien depuis votre… transformation ? »
« Je ne sais pas… J’aurais dû ? »
« Répondez simplement à la question. »
« Est-ce que c’est pour ça qu’elle est là ? Au cas où l’envie de grignoter quelqu’un me prendrait ? » L’infirmière se crispe brutalement, resserrant bien malgré elle sa prise sur le poignet de l’individu. Lequel ne lui accorde pas la moindre importance ; persuadée que cet écart de conduite n’a pas été remarqué, elle réajuste fébrilement sa position et pince les lèvres.

« Bien, bien. Inutile de me jeter ce regard noir, je vais répondre à tes questions. »
« Vous m’en voyez ravi. »
« J’ai faim… une faim tout à fait normale. J’ai sommeil aussi, j’ai des douleurs musculaires et d’autres besoins qui sont propres à la race humaine. »
« Laissez-moi en juger. Continuez. »
« Je connais les effets de cet artefact, Docteur Emerson. Je sais que je ne suis redevenu qu’un humain lambda et que je ne risque pas de voir ma mutation s’inverser. Demande donc à ton infirmière. »
« Candice ? » La jeune femme s’efforce d’afficher l’air le plus impassible de son répertoire lorsqu’il pose les yeux sur elle, mais le tremblement intempestif de ses mains dément son attitude apparemment paisible. Emerson lui est néanmoins reconnaissant de ne pas se mettre à hurler ou de devoir subir d’autres fantaisies de ce type. L’état, exceptionnel il faut l’admettre, de son patient nécessite un calme permanent ainsi qu’une prudence exacerbée le concernant. Jusqu’ici, il n’y avait eu aucune réversion de vampirisme chez l’homme… On considérait toute nouvelle victime comme vampire dès lors que la transformation commençait, il n’existait aucun remède. C’était tout du moins ce que l’on pensait.

« J’ai remarqué votre légère aversion pour la lumière. »
« J’aurais été déçu du contraire. »
« D’autres détails à me signaler ? »
« Aucun, Docteur Emerson. »
« Bien. Je vais demander à ce que l’on vous fasse apporter votre repas. »
« Il était temps ! » S’exclame-t-il en levant les yeux au ciel. Candice s’éloigne d’un pas prudent pour remettre ses outils dans sa sacoche et Emerson continue de griffonner à toute hâte sur son calepin. L’attente du cobaye est insoutenable, il meurt littéralement de faim mais aucune plainte ne franchit la barrière de ses lèvres. Plutôt crever. Ce docteur recherche la moindre trace de vampire en lui, et il serait capable d’interpréter cette faim dévorante comme un signe. Pourquoi le Talamasca lui a-t-il refilé pareil cinglé ? Il avait simplement demandé que quelqu’un soit là pour le surveiller au cas où sa mutation se passerait mal… Il n’avait pas demandé à être examiné comme un rat de laboratoire. L’Érudit prend son mal en patience, faisant mine de s’intéresser de très près à ses ongles courts et impeccables. Finalement, le docteur referme d’un coup sec son carnet. La brutalité du geste dément une certaine excitation qu’il ne parvient pas totalement à dissimuler. Son regard brille d’une lueur passionnée.

« Merci de votre coopération. »
« C’est ça, on se revoit demain. Et le jour d’après. Et le jour d’après. »

Le patient s’affaisse davantage sur son fauteuil et n’accorde plus la moindre importance à ses invités. Le docteur quitte la pièce, suivi de près par l’infirmière qui s’immobilise cependant sur le pas de la porte. Elle dévisage avec attention le profil prononcé du grec, sa mâchoire volontaire recouverte d’une fine toison noire, sa chevelure désordonnée qui aurait bien eu besoin d’un coup de ciseaux et, enfin, ses iris bleutés perdus dans le vide. D’imperceptibles pattes d’oies et autres minuscules rides parsèment son visage, toutefois il est encore bien loin de faire son âge. C’est un bel homme, un séduisant trentenaire qui aurait eu encore plus de charme s’il réapprenait à sourire sincèrement. Et non plus à faire de simulacre sarcastique, ou moqueur. L’Érudit sent ses iris posés sur lui, mais il fait comme si ce n’était pas le cas. Il s’efforce de paraître le plus humain possible, justement parce que le moindre de ses actes pourrait être interprété d’une façon incorrecte. Avant qu’il ne puisse céder à l’impatience, Candice referme la porte derrière elle et, sûrement, rentre chez elle. Quant à lui… Il reste là, dans l’ombre, à l’affût des bruits de pas qui précéderont son repas, tel le prédateur qu’il était. Un peu partout dans sa chambre gisent des vestiges de livres entamés mais jamais terminés. Il ne parvient plus à se concentrer sur sa lecture, et ce depuis des mois. C’est pourquoi il a pris cette décision que beaucoup jugent insensée. La mortalité.

1800. Héraklion, Grèce.

Ce n’était pas ainsi que j’imaginais ma vie, à l’époque. J’ai pris la décision de tenir un journal lorsque je me suis rendu compte que les souvenirs de ma vie de mortel se dispersaient aux quatre vents sans que je ne puisse rien y faire… Par conséquent, cette autobiographie manque de réalisme. Certaines choses me paraissent différentes aujourd’hui, d’autres restent semblables à la vision de l’adolescent que j’étais. Néanmoins, je tiens à le faire. Parce que tout change, tout s’émiette dans ma tête. Comme un château de cartes qui s’effondre sous la brise, je vois mes pensées s’effilocher jusqu’à n’être que des brides de souvenances à peine compréhensibles. Ma vie, à Héraklion, se déroule en noir et blanc dans mon esprit ; les odeurs n’existent plus, les visages de vagues connaissances ne sont plus que des masques flous et je ne parviens même plus à me souvenir de ce plat que j’affectionnais tant et que ma mère me préparait religieusement tous les trois ou quatre soirs. C’est assez ironique, parce que j’ai toujours été doté d’une excellente mémoire. D’une mémoire eidétique, comme on dit aujourd’hui. La mémoire absolue. J’étais capable de retracer n’importe quelle forme aperçue, j’étais un excellent apprenti pour mon père et aucun détail ne m’échappait. Fils d’un forgeron de génie, je semblais prédestiné à suivre la même voie que mon paternel. J’en avais déjà le physique et, à l’âge de seize ans, j’étais capable de jolies prouesses qui me rendaient particulièrement fier de moi. Même si, par la suite, ma vie a pris un tournant beaucoup plus… littéraire, dirais-je, j’ai gardé la même stature qu’en ces temps. De larges épaules, une ossature épaisse et apparemment incassable, d'imposantes mains – calleuses, qui se sont peu à peu adoucies et guéries, surtout – des muscles développés sans être démesurés ou déformés. J’aurais pu être mal à l’aise dans ce corps d’homme alors que je disposais encore de mon âme d’enfant, mais ce n’était pas le cas.

J’aimais ma vie. Elle était simple, dénuée de toute éventuelle complication. J’étais fils unique, le seul descendant des miens, j’avais encore mes deux parents et, aussi futile cela puisse paraître aujourd’hui, je plaisais aux filles. J’avais ainsi un certain succès, qui amusait mon père. De nombreuses propositions de mariage lui avaient été faites, cependant j’ignore ce qui l’a poussé à les refuser. Pensait-il que je n’étais pas prêt à assumer une femme et un foyer ? Ou alors, peut-être attendait-il la perle rare. Celle qui ferait battre mon cœur et à laquelle je resterais lié à jamais. Contrairement à beaucoup, ma mère et lui avaient eu la chance de tomber amoureux dès le premier regard et leur union, qui n’était au départ qu’un simple mariage d’intérêts, devint nettement plus importante et sincère. Outre la dot conséquente que ma génitrice avançait, et la grande fortune de sa famille de marchands, c’était avant tout son doux visage qui avait décidé mon père à accepter aussi calmement la
fatalité. Avec toute la tendresse dont elle était capable, elle lui avait prodigué sa chaleur et son affection pendant de longs mois jusqu’à ce qu’il daigne enfin s’ouvrir à elle. En bon rustre asocial, il avait énormément de mal à se confier à d’autres personnes qu’à sa famille – et encore, je garde en souvenir la relation très glaciale qu’entretenait mon père avec ses deux frères aînés. Mais avec ma mère, il avait fini par devenir un autre homme, plus doux et affectueux. Je crois que sans elle à nos côtés, notre vie aurait pu être nettement moins dorée. Il n’y aurait pas eu ces longues soirées d’hiver passées près de l’immense âtre rougeoyant de la forge, à boire du lait tout juste tiré. Pas plus qu’il n’y aurait eu d’interminables escapades au bord des rives escarpées de l’île, durant lesquelles j’étais le plus souvent perché sur les épaules de mon paternel. Il n’aurait pas été le même, avec une autre femme. Elle était son âme sœur, sa délicate moitié. Et son esprit, infiniment tendre, était similaire à son aspect physique, celui d’une femme menue et blonde comme les blés, au caressant regard bleu clair. C’est un peu bête de dire ça, mais, elle était belle, ma mère. Et c’est d’elle que m’est venue cette passion…

Cette
quasi-obsession des mythes et légendes de notre antique patrie. Les dieux du panthéon grec, les héros de l’ancien âge. Elle me racontait ces histoires au moment de me coucher, lorsque j’étais enfant. Et, au fil des années, je les connaissais toutes par cœur. J’étais capable de les réciter, mais rien ne valait la voix de ma mère. Elle savait mettre de l’émotion dans ses mots, tournait ses phrases de la plus exquise des façons. Cela me fascinait. Toutefois, je restais concentré sur mon destin : je reprendrais la forge de mon père. Qu’importaient mes espoirs, j’étais décidé à être un bon fils. Mais, parfois, nos rêves prennent le dessus sur notre réalité.

Vingt-deuxième jour, sujet d'expérience « l’Érudit. »

Les rendez-vous du docteur ont lieu de plus en plus tôt, il vérifie ainsi la sensibilité de son patient à la lumière du soleil. Aujourd’hui, c’est à dix-sept heures qu’il ouvre la porte… Et il reste sur le seuil, à observer le changement progressif qui s’est installé dans cette chambre autrefois dévastée. Impeccable, ordonnée, elle n’est en rien semblable au taudis dans lequel l’Érudit se réfugiait durant la journée. Les deux larges fenêtres sont ouvertes, déversant à grands flots la chaude lumière de cette fin d’après-midi estivale. Après avoir fait le tour des détails, les yeux vifs et alertes du docteur finissent par se poser sur la silhouette de l’homme qui lit tranquillement dans son gros fauteuil de cuir. L’index glissé entre deux pages, il semble profondément plongé dans sa lecture. Néanmoins, à peine quelques secondes après que le regard d’Emerson se soit posé sur lui, il relève la tête pour affronter son geôlier avec un sourire indéchiffrable sur son visage. La courte barbe qui mangeait son visage n’est aujourd’hui plus qu’un lointain souvenir, seule une légère ombre bleutée marque ses joues. Il referme son ouvrage, marquant sa progression à l’aide de son doigt, et décroise les jambes en faisant un ample mouvement de sa main libre.

« Je t’en prie, Emerson, installe-toi. »
« Bonjour. »
« Ne restez pas dehors, Candice. »
« Bonjour, monsieur Corakis. » La jolie infirmière passa l’encadrement avec sa lourde sacoche, adressant un timide sourire poli au grec qui lui fit un signe de la tête pour la saluer. Avec le temps, les deux scientifiques avaient fini par se conduire un peu plus normalement avec leur cobaye. Un peu plus humainement, en fait. Emerson, surtout, cessait graduellement de ne le voir que comme un sujet d’expérience. Il commençait, peu à peu, à revoir l’être aux connaissances multiples qu’il côtoyait autrefois. A une époque où il ne savait pas encore qu’il était un vampire. Ils ne dialoguaient que par email, s’échangeaient des théories, se transmettaient des informations essentielles sur certaines lignées surnaturelles notées dans les dossiers du Talamasca. Ils étaient de bons collègues, mais pas que. Quelques étroits liens d’amitié avaient fini par se tisser entre eux, jusqu’à ce qu’Emerson reçoive un ordre direct de sa hiérarchie… C’est à cet instant qu’il découvrit la vérité sur son correspondant et qu’il se sentit profondément trahi. Il prit la douloureuse décision de ne pas le considérer comme un ami, mais comme un simple patient à examiner. Après tout, son cas se prêtait admirablement bien au processus. Il était le premier vampire à être redevenu humain. Ou en tout cas, le premier à en faire part au Talamasca.

« Alors, comment est-ce que vous vous portez aujourd’hui ? »
« Bien. Je pense que je commence à retrouver de vieilles habitudes. De très vieilles, même. »

Un sourire amusé s’affiche sur son visage avenant ; Candice s’approche, avec des gestes mécaniques elle noue un cordon en plastique autour du bras dénudé de l’homme et ponctionne un peu de sang. Suite à quoi elle s’empresse de recouvrir le minuscule petit trou par un gros morceau de coton recouvert d’un pansement et s’éloigne un peu pour effectuer quelques manipulations avec d’autres éléments contenus dans sa sacoche. Du coin de l’œil, pourtant, elle continue de surveiller l’échange et s’avère être surprise de l’amabilité de leurs propos. Le Docteur Emerson a beaucoup évolué, ces deux dernières semaines, elle en a conscience, mais c’est surtout l’autre qui attise sa curiosité. Au fil des jours, l’Érudit a repris son train de vie. Il n’est donc pas rare de le voir déambuler dans le manoir pendant la journée, vaquer à des occupations connues de lui seul ou tout simplement s’asseoir dans la véranda pour savourer la chaleur du soleil. Il est difficile pour la jeune infirmière de se faire à l’idée que pendant deux siècles, l’homme en face d’elle avait été un buveur de sang incapable d’affronter le jour. Si suite aux premières heures qui suivirent l’activation de l’artefact, il avait effectivement encore l’air d’un vampire – peau pale, crocs, regard de prédateur – ces caractéristiques avaient fini par disparaître. Seul l’éclat féroce dans ses yeux céruléens était resté, jusqu’à progressivement s’effacer.

« Aucun signe de la Soif ? »
« Non, rien. »
« D’après vos volets ouverts, je déduis que le soleil ne vous fait plus rien non plus. Et les derniers résultats sanguins sont normaux. »

Emerson referme son petit carnet avec un claquement de la langue satisfait.

« J’ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes parfaitement guéri. »

L’Érudit éclate brusquement de rire. Un rire sincère, contagieux, chaleureux. Candice frissonne sous cet éclat joyeux, elle remarque la façon dont les fossettes se creusent sur le visage de l’homme et le fait qu’il incline très légèrement la tête sur le côté à la fin de son rire. Une nouvelle facette de sa personnalité se dévoile aujourd’hui, un peu rouillée par les ans mais dont il semble heureux de retrouver.

« Je crains que beaucoup de vampires ne partagent pas votre avis. Le vampirisme n’est pas une maladie d’après eux, plutôt un Don. »
« Vraiment ? Pourtant je peux certifier que de nombreux confrères partagent mon avis. »
« Il existe aussi des sorciers qui se moqueraient de votre science. »

Avec un air de nouveau impassible, il rouvre son livre dont il avait marqué la page et désigne brièvement la porte.

« Bien, alors je ne vous retiens pas. Passez une bonne fin de journée… »
« Quel est le titre du livre ? »

Il ne répond pas à la question du Docteur, faisant mine d’être déjà totalement plongé dans le récit ; les deux scientifiques rangent donc leur matériel en quelques minutes et vident les lieux. Seule l’infirmière s’attarde sur le pas de la porte grande ouverte, ses deux bras alourdis par l’imposante sacoche. C’est la dernière fois qu’elle verra cet homme, elle le sait. Elle sera bientôt rappelée, tout comme Emerson qui lui ne s’en soucie presque plus. Il est déjà passé à un autre sujet d’études, mais elle est sentimentale. Bien trop jeune pour faire ce genre de travail détaché. L’Erudit ressent son regard, il relève lentement la tête pour lui adresser son plus doux sourire afin de la rassurer. La bouche de Candice s’étire agréablement, illuminant son joli visage.

« Quel est le titre du livre, monsieur Corakis ? »
« Entretien avec un vampire. »

1823. Héraklion, Grèce.

Il y avait bien une femme à laquelle je faisais la cour. Une seule. Elle se nommait Hélène, telle la célèbre dame de Troie et j’étais à l’époque aussi amoureux d’elle qu’un jeune fou pouvait l’être. Mais elle ne portait pas sur moi le même regard, je m’en étais rapidement aperçu ; elle me considérait comme un ami, un proche confident. Le seul homme qui n’était pas passé dans son lit, à dire vrai ; car Hélène faisait partie de ces femmes qui vendent leur corps pour de l’or. J’avais eu du mal à admettre qu’elle se vouait à une profession comme celle-ci, mais je n’étais personne pour l’empêcher. Et je n’avais même pas encore hérité de la forge de mon père pour prétendre l’épouser ou lui offrir mon affection… J’étais jeune, à l’époque, néanmoins les années sont vite passées. Lorsque j’eu atteins l’âge d’être un homme, je lui fis part de mes sentiments. Elle me demanda du temps pour y penser, tandis que de mon côté j’en parlais à mes parents qui se montrèrent assez surpris par mon choix. Mais ils étaient prêts à le respecter.

Ce fut cette nuit-là que l’on m’offrit le Don Obscur. Hélène fréquentait un autre homme, plus âgé et plus puissant que moi. Je ne l’avais pas souvent croisé, néanmoins j’étais toujours très mal à l’aise en sa présence. Il venait la voir une fois la nuit tombée, libéré de ses obligations personnelles et lui offrait un nombre impressionnant de présents fort coûteux. Il savait que la nature de mes sentiments dépassaient le domaine de l’amitié, il portait sur moi un regard amusé que j’évitais toujours de remarquer. Trois jours plus tôt, le jour de mes vingt-trois ans, il rendit visite à Hélène en compagnie d’une autre femme. Si je n’avais jamais vu mon Hélène, je l’aurais trouvée aussi lumineuse que les étoiles et aussi sombre que la nuit. Sa peau, d’une pâleur presque morbide, ne m’avait pour ainsi dire pas étonné… J’avais le regard fixé à son visage, si harmonieux. Elle avait de grands yeux bleus, une noire chevelure si longue qu’elle effleurait ses reins et des courbes avenantes. A bien y réfléchir, elle ressemblait un peu à Hélène. Oui, elle lui ressemblait étrangement, mais elle disposait d’une beauté encore plus hypnotique. Cette femme, qui me révéla s’appeler Pasiphaë, m’aborda rapidement. Mais j’étais trop absorbé par ma contemplation d’Hélène pour remarquer le regard affamé qu’elle me jeta… ou le pli réprobateur qui assombri le visage de l’homme lorsque Hélène se suspendit à son bras avec une moue adorable, en dévoilant son cou blanc.

Des vampires. Voilà ce qu’ils étaient. Et Hélène était la Servante de l’homme. Pasiphaë, attendrie par mon amour à sens unique et sûrement émoustillée à l’idée d’avoir un Compagnon dévoué à ses moindres désirs, fit de moi un immortel quelques jours plus tard. A la base, l’homme ne l’avait amenée que pour que je lui serve de distraction, qu’elle s’amuse avec moi jusqu’à ce qu’elle me vide de mon sang. Il ne s’attendait pas le moins du monde à ce qu’elle décide de m’offrir le Don… Mais il n’avait pas son mot à dire, alors elle s’exécuta. Durant les premières qui suivirent, je perdis totalement pied. Je vivais sans vivre, pataugeant dans un océan de luxure et de sang, offert en pâture aux moqueries des Anciens sur mon comportement impulsif et ma récente transformation. Ils s’amusaient de la façon dont je me nourrissais, si
barbare, tandis que Siphaë – elle préférait que je la surnomme ainsi – essuyait avec délicatesse le sang qui maculait mon menton. Les six mois qui furent ensuite, elle me traita comme un enfant maladroit et moi, comme une mère sévère mais aimante. Je n’avais pas oublié mes origines ou ma famille, toutefois ma Créatrice avait rapidement établi des règles que je devais suivre. Et elle avait été très claire : jamais je ne pourrais prétendre à nouveau être un humain comme les autres. Il me fallait me faire oublier, jusqu’à ce que je sois en âge d’exister par moi-même. A cet instant seulement, je pourrais envisager de rejoindre les mortels pour me fondre dans la masse et choisir mes proies parmi les agneaux.

Bloody Mary, La Nouvelle-Orléans.

L’homme est accoudé à un bar, dédaignant le haut tabouret à côté de lui, un verre de bourbon à la main et le regard perdu sur la foule de personnes présentes ce soir. Le Bloody Mary a du succès le soir d’Halloween, les mortels se prennent pour des immortels et les buveurs de sang se complaisent dans leur rôle de prédateur en se nourrissant sur des proies plus ou moins consentantes. Athénaïs de Ricsen veille, elle est à l’écart de toute agitation, mais il sait qu’une seconde lui suffirait pour séparer un vampire d’un humain mal au point ou pour mettre un de ces chers mortels à l’abri des crocs affamés d’un bloodsucker qui se serait cru tout permis. De toute sa vie, il n’avait pas eu le loisir de la rencontrer, néanmoins sa réputation la précédait. Le regard de la femme d’affaires glissa sur lui sans s’arrêter ; autrefois ce n’aurait sans doute pas été le cas, pas lorsqu’il était un vampire lui aussi. Mais maintenant, il était entré dans l’enclos à brebis. A nouveau. La barmaid, profitant d’un instant de répit, se rapproche de lui. Il l’examine du coin de l’œil tandis qu’elle chercher à l’aborder, sa voix peinant à recouvrir le bruit de la musique – elle n’est pas humaine, comme le prouvent les deux petites perles nacrées qui pointent sous ses lèvres pulpeuses.

« Encore là ? »
« Toujours, j’aime avoir de la compagnie. »
« Ce n’est pas ce que je vois, vous êtes seul ce soir. »

Il hausse simplement des épaules, un sourire énigmatique aux lèvres, ce qui ne fait qu’attiser une nouvelle fois l’intérêt de la vampire. Elle se penche un peu plus en avant, attendant que le regard céruléen du client finisse par être attiré sur sa poitrine ou ses yeux. Elle n’avait pas l’intention de le charmer, mais un peu d’aide surnaturelle serait la bienvenue pour faire fondre la glace dont il semblait être enveloppé. Elle glisse même ses bras sous ses seins, afin de les soulever un peu plus.

« A moins que ce ne soit pas la même compagnie dont nous parlons. »
« Je n’ai pas besoin d’être avec une personne pour trouver la compagnie agréable ; c’est toute l’énergie que je ressens ici, qui me plaît. »
« Et sans indiscrétion, quelle énergie ressentez-vous ? » Elle le regarde porter le verre à ses lèvres, brûlant d’envie d’en connaître le goût. Il ne lui jette pas un regard.
« La vie. »

Sans qu’elle ne puisse le contrôler, un léger rire amusé s’échappe de sa gorge. Cette fois-ci, l’homme semble remarquer sa présence et pivote très légèrement vers elle, un sourcil haussé. Elle se tait immédiatement.

« Ce n’est pas parce que l’on est mort que l’on est incapable de vivre. Vous devriez être d’accord avec moi. »
« Comment… »
« C’est assez facile à deviner lorsque l’on sait comment regarder. »
« Bien… Alors permets-moi de jouer cartes sur table : je veux boire ton sang. Et aussi m’amuser un peu ce soir. Est-ce que ça t’intéresse ? »

Le dernier morceau se termine, laissant place à un slow langoureux sur lequel d’improbables couples se forment. Il les regarde évoluer, repérant sans peine quelques suceurs de sang qui se laissent hypnotiser par la grosse veine palpitante au cou de leur partenaire ; il connaît cette tentation, à laquelle il a déjà maintes fois succombé. Le reste du bourbon disparaît dans sa gorge et il tend de nouveau son verre à la barmaid qui feint de ne pas l’avoir remarqué. Elle attend une réponse, ses yeux fauves sont rivés sur son cou et glissent parfois jusqu’à ses poignets dénudés. Elle est pratiquement assoiffée, ce qui est en soi intolérable pour un membre du personnel. L’attention d’Athénaïs est retenue par un couple un peu trop enfiévré sur la piste. Il soupire : il va devoir se débrouiller tout seul.

« Désolé, je ne suis pas un adepte des morsures. »
« On peut toujours s’amuser. »
« Ça ne m’intéresse pas. »

Il voit ses lèvres se crisper, ses traits se durcir, mais l’instant d’après elle a recouvré un visage avenant et se penche à nouveau sur le comptoir, ses seins débordant pratiquement de son décolleté.

« Tu as une petite amie, c’est ça ? Je te promets qu’elle n’en saura rien. »
« Je n’ai pas de… compagne. »
« Tu es amoureux alors ? Je peux te faire croire que je suis elle… »
« Je n’ai plus été amoureux depuis très longtemps, et je crains que vous ne soyez incapable d’un tel exploit. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser… »

Il se lève tandis qu’elle se mord la lèvre, frustrée de voir son dîner lui échapper. L’argent sonne sur le bar, les pièces rebondissent une fois avant qu’elle ne les rattrape et ne s’empresse de les ranger. Sans plus un regard, il quitte le Bloody Mary et déambule sur le chemin du retour, les mains enfoncées dans son long manteau noir. Amoureux, lui ? Il pense ne l’avoir jamais vraiment été, ou en tout cas ne pas l’avoir vécu. Il aimait Hélène, mais elle est morte. Il aime celle qui a fait de lui un vampire, mais cela tient plus de l’affection et du respect que de l’amour. Du temps où il était immortel, il s’était attaché à une jeune jaguar et ils avaient partagé plus que des mots. Mais aujourd’hui, il n’y avait que des souvenirs et des couleurs délavées.
Ses mains étaient vides, son cœur à l’abandon.

1900. Lieu indéterminé.

Cinquante ans. Au début, ça paraît long, voire même interminable… Mais en tant que vampire, ça passe relativement vite. Nous voyageâmes aux quatre coins du monde, et l’Italie fut notre refuge de nombreuses fois. L’apprentissage occupa une grande partie de mon temps libre, le reste étant laissé à la chasse ou à la dégustation de sang. Ma Maîtresse était très joueuse avec ses Pommes de Sang, elle en avait quantité et appréciait boire au cou de plusieurs d’entre eux à son repas. Elle m’initia rapidement à ce petit jeu qui consiste à boire une coupe de sang les yeux fermés et de deviner de quelle Pomme est-ce qu’elle a été tirée. Je ne vais pas mentir et dire que j’étais malheureux… Mais je n’étais plus moi-même. J’étais devenu « Hippolyte le vampire », un personnage en permanence assoiffé, dangereux, tout en étant moins caractériel ou violent que mes congénères du même âge. En parallèle aux cours que me donnait mon Sire pour devenir un bon vampire, elle me laissait parfois boire à son poignet. Rapidement, mes pouvoirs se développèrent. Ce fut un secret que nous gardâmes jalousement, sachant que les autres verraient d’un très mauvais œil que je puisse acquérir autant de puissance en si peu de temps. Fort heureusement pour Pasiphaë, j’étais docile et suffisamment lucide pour connaître mes limites. Je prenais ce qu’elle me donnait, je m’en contentais. Quant au don qui naissait en moi, j’apprenais lentement à le contrôler et à le faire mien. Quand je fus satisfait de mon degré de maîtrise, j’en fis part à ma Maîtresse qui s’avérait positivement surprise. Elle m’incita à l’utiliser, toujours plus et sur de plus en plus d’humains. Lorsque j’atteignis cent ans, elle m’autorisa à la quitter si j’en éprouvais le désir. J’aurais pu, plus tôt, mais j’étais bien avec elle.

Aussi dérangée était-elle parfois, aussi impitoyable se montrait-elle envers les autres, elle m’aimait. A sa façon, un peu perturbée, mais jamais elle ne me blessa ou ne me fit du mal. Pas volontairement, du moins. Elle était souvent moqueuse, mais je savais qu’elle m’avait choisi pour mes faiblesses d’homme… Au fil du temps, je les avais un peu perdues mais elle continuait à les voir dans les moindres de mes actes. J’interprétais donc sa confidence comme le signe qu’elle s’était lassée de moi, de notre vie à deux, et j’entrepris de commencer ma nouvelle existence loin d’elle. Ce fut une expérience assez étrange, d’être finalement seul, et ce fut aussi le début de ma déchéance. Juste avant, en 1892, je rendis visite à Hélène. Toujours en vie, grâce aux Marques imposées par son Sire. Néanmoins elle n’était plus que l’ombre d’elle-même depuis qu’il l’avait rejetée… Oui, rejeter sa Servante… Pasiphaë m’avait expliqué à quel point cela pouvait être dur et très douloureux pour les deux parties, elle m’avait par conséquent averti sur les dangers de s’attacher une Pomme de Sang ou une humaine de cette façon, sans être sûr que la relation pouvait fonctionner. Je l’avais crue, sur toute la ligne, et m’étais bien gardé par la suite de poser ne serait-ce que plus de deux Marques sur une seule personne. Voir Hélène, dans cet état, me rappela la fragilité de la vie humaine… Bien sûr, elle n’était plus mortelle depuis des années, mais elle était toujours humaine. Son Sire ayant une énième fois refusé de lui offrir le Don Obscur, elle avait eu une crise de jalousie violente qui s’était soldée par la mort de toutes les Pommes de Sang de leur manoir et la destruction des meubles, par la même occasion. Ce n’était pas la première fois qu’elle se montrait aussi vindicative, mais c’était la fois de trop. Deux jours à peine s’étaient passés depuis son abandon, et elle semblait déjà à l’article de la mort. Son beau visage tordu par la souffrance, ses membres agités de soubresauts convulsifs, elle me cracha sa haine des vampires et la jalousie qu’elle éprouvait à mon égard. En l’espace de trois nuits, j’avais obtenu ce qu’elle désirait depuis des décennies. Elle qui était si belle, qui pouvait avoir le monde à ses pieds, elle n’avait récolté que les miettes. Pour finalement être rejetée comme une chienne dont on se sépare. Lorsque je la quittais, un peu avant l’aube, elle me fit ses adieux. Le soleil l’avait effleurée une dernière fois avant qu’elle ne se jette dans un lac… Je quittais l’Italie avec son visage à l’esprit pour la France.


Dernière édition par Hippolyte P. Corakis le Mar 20 Nov - 22:32, édité 9 fois
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Tess E. Littleton
« SERIAL KICKEUSE »





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▌A débarqué le : 22/07/2010
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« Moi je veux ♥ »
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▌Pouvoirs :




MessageSujet: Re: HIPPOLYTE ► Toute connaissance commence par les sentiments.   Dim 22 Juil - 0:58

bienvenue et bon courage pour ta fiche ! *-*
je sais déjà que tu n'hésiteras pas pour les questions (a)

yeah

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Rouge Ardent

« As-tu trouvé loin des vies, loin des larmes, ton idéal Rouge Ardent ? As-tu froid, trembles-tu quand tu dors ? Tu disais "tout s'évapore"... Tu as eu tort. Corps à corps j'en rêve encore. Le feu, le vent, mille volcans Rouge Ardent. Quand tu m'embrassais fort... j'en rêve encore. Le jour se lève... encore ♦️ »