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 à nos lendemains. [Léo]

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Dimitri O'Neal
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MessageSujet: à nos lendemains. [Léo]   Mar 5 Juin - 0:23

à nos lendemains.



« Il n'y a ni sommeil, ni repos pour mon âme tourmentée. La nuit n'apporte ni la consolation, ni l'oubli. » Alexandre Borodine

Sur le vieux tourne-disque, le vinyle entame sa lente danse, crachant sa verve dans l'atmosphère lourde. Trois heures que je me retourne dans mon lit sans trouver le sommeil, trois putain d'heures à tourner en rond dans les draps vides. J'ai finit par me lever, lassé par cette guerre perdue d'avance. Le salon désert m’accueille à bras ouverts, la musique me fait oublier ma solitude exacerbée. Je m'allume une gitane, m'installant sur le canapé, fermant un instant les yeux. Les minutes s'écoulent, la mélodie me berce ; somnolence illusoire. Te rappelles-tu ces crépuscules embrasés, où nous regardions le soleil vomir son feu et disparaître, englouti par l'horizon ? Te rappelles-tu ces matins glacés où tout disparaissait, dévoré par cette terrible douceur ? Le rêve naît du néant, une salle immense, deux cavaliers qui dansent. Elle porte une robe interminable, accrochée aux étoiles comme leurs âmes. Leurs talons s'embrasent, elle rit, elle lui dit qu'elle ne sait pas valser. Elle ment et il le sait. Bientôt, leurs lèvres auront la couleur de la Lune, blêmes et trompeuses. Leurs visages se creusent, ils ne sont plus que deux cadavres agités par de macabres convulsions ; ombres tremblantes et ricanantes. Une larme s'écrase, absorbée par la Terre vorace ; un fleuve noir qui serpente dans ses entrailles. Mais t'en rappelles-tu ? Ou as-tu oublié ?

Éveil brutal ; je suis en sueur. Bordel, c'est vraiment pas mon soir. Trois heures trente-cinq. Trente-cinq minutes de pur bonheur donc. Serrant les mâchoires, j'attrape mon éternel paquet de clopes et m'en allume une nouvelle, tentant de calmer les convulsions incontrôlées de mes doigts. Sans succès. Les souvenirs me submergent jusqu'à la nausée ; irrépressibles réminiscences d'un passé mort et enterré. J'ai la sale impression d'être un môme à qui l'on a volé sa sucette et qui ne s'en est toujours pas remis, plus d'un demi-siècle après. Seigneur, j'ai besoin de me vider le crâne, s'aventurer sur ce genre de terrain passé une certaine heure n'est jamais salutaire.

***

Une bulle de liberté filant à 150km/h sur une route défoncée, baisant la route comme la pire des salopes, avalant le macadam à s'en faire gerber ; sentiment brut qui lave mes synapses éreintées. Tout semble soudain si pur, si simple. Une éternité immaculée qui fait rêver. Finissant par arriver aux abords de la forêt, je me gare sans plus de cérémonie. Enlevant rapidement mes fringues que je jette en tas sous un arbre, je me transforme sans plus attendre, pressé de rejoindre ma part animale.

Le loup ouvre lentement les paupières, redécouvrant la nature qui l'entoure de ses iris ambrés, faisant quelques pas pour dégourdir ses muscles fatigués. L'air est toujours aussi pesant, comme renfermant en son sein les promesses d'une chasse brutale. Il marche sans se presser ; chimère errant dans une pénombre silencieuse. Arrivant près d'un cours d'eau, il se contemple un instant. Fourrure noirâtre, pupilles dilatées comme deux puits sans fond, crocs pâles qui tranchent avec le reste. J'esquisse un sourire et mon reflet me le rend, ami cruel des soirs solitaires. Avançant plus rapidement entre les fourrés, je me mets à courir, m'oubliant dans les battements affolés de mon cœur, m'oubliant dans ces excès sauvages qui brûlent mes veines. Au loin, je crois entendre les sabots affolés d'une biche qui a peut-être senti mon intrusive présence. Changeant brutalement de direction, mes pattes puissantes me guident vers leur future proie ; avidité de la chair et du sang. L'haleine chaude du meurtrier fait déguerpir le fragile animal. Peu importe, j'ai toute la nuit. Lui laissant un peu d'avance, je m'imprègne de sa fragrance délicate, la mémorisant pour la retrouver plus rapidement.

Mais quelque chose d'autre rôde dans l'air. Quelque chose d'ancien. L'odeur puante d'un vestige qui gît, depuis bien longtemps, dans les profondeurs décrépites de ma mémoire. Son odeur. Sa putain d'odeur dans mes bois. Sa putain d'odeur qui traîne à côté de moi. Mes oreilles s’aplatissent sur mon crâne, mes babines se retroussent instinctivement. Léo, Léo, ma chère et tendre Léo. Serait-ce mon jour de chance ? Oh, si tu savais comme j'en ai rêvé de ce jour. Si tu savais comme j'ai songé à ce moment, ce moment exquis où je te retrouverais. Où nos tendres haleines se mêleront à nouveau. Où je pourrais enfin te dire ô combien tu m'as manqué. Où je pourrais enfin laisser mes mains s'attarder sur ta douce gorge, y déposer un baiser et la serrer, la serrer jusqu'à ce que tu crèves. Parce que c'est ainsi que meurent les chiens Léo, dans la disgrâce.

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Léo A. Jones
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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Mer 6 Juin - 1:22



L
a nuit avale tout. D'une bouchée elle dévore le monde entier. Ses mâchoires se referment sur le jour, elle crache son haleine humide et brûlante sur les bâtards qui peuplent son royaume, son royaume où elle est reine. La nuit est la plus cruelle des mères, elle châtie, punie, sévit. La violence de son courroux n'a d'égal que la noirceur horrifiante des soirs où la lune brille par son absence, son fier diadème qu'elle soustrait aux yeux des indignes. La lune ne chérit rien ni personne, elle est un cœur forgé dans le plus glacial des cristaux, cuirassée derrière les constellations les plus éloignés. Oui, la nuit est une nature froide et sanguinaire qui plonge les imprudents dans les couloirs infernaux des cauchemars dont elle est la maîtresse, mais si elle est la plus belle monstruosité que le monde ait créée, elle aime autant qu'elle hait. Elle n'aime qu'un nombre restreint d'entre nous, ceux et celles qui sont ces enfants de chairs, de sang et de chants. Ceux qui ne l'abandonnent jamais lorsqu'il vient le temps pour le monde de revêtir ses plus sombres parures, ceux qui voient à travers les ténèbres les plus obscures. Ceux et celles qui sont comme elle, dont la terrible vengeance n'est qu'une froide justice sauvage. Ceux et celles qu'elle a vomit de ses entrailles, a qui elle a transmis la part d'elle-même que tous prie pour ne jamais voir. Cette bête insatiable qui ne vie que pour le sang et la chasse, la traque et la proie. Oui, vous les reconnaissez ? Ces enfants qui, la nuit venue, s'habillent à leur tour de leur plus horrifiant costume pour sortir faire la fête, car oui, la nuit n'appartient qu'à eux...

L'une de ses filles est là, quelque part entre la réalité et les abîmes du rêve, vêtue de sa plus belle robe. Elle est si belle ainsi, sa fourrure flamboyante tâchée du sang de sa victime, sa gueule ensanglantée qui regorge de vie, étirée dans un sourire macabre. Car oui, tout là haut, régnant sur son royaume, la nuit lui sourit. Elle regarde avec fierté sa fille, qu'elle trouve magnifique dans sa plus simple apparence. Le regard de la lune glisse avec aisance sur les courbes sauvages de son corps. Ses muscles encore brûlants de l'effort, ses yeux scrutant les ténèbres avec insistance. Ses crocs rappellent les méandres de l'enfer, l'endroit que rejoint sa proie avec emballement lorsque la diablesse referme ses mâchoires sur l'imprudent. Existait-il plus belle création sur terre ? Une créature formée à l'image de l'humain pour mieux trahir celui-ci. Pour tromper le monde, ressembler au monde. La trahison connaissait le nom de chacun de ses rejetons, ils avaient été façonnés pour charmer, fasciner, pour ainsi mieux tuer, écraser, terrasser. Oui...Lorsque la nuit observait ses enfants pourfendre les ténèbres comme l'auraient fait une abomination crachée des enfers, elle ne pouvait qu'avoir pitié des hommes...

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La nuit toute entière me caressait sans relâche, tendant ses bras osseux vers moi tendis que je traversai la forêt à toute allure, sur les traces du prochain malheureux qui finirait étalé dans ma gueule. Le monde entier semblait défiler sous mes pas, disparaissant un peu mieux à chaque foulé. Lorsque je courrais, la terre tremblait, le ciel s'ouvrait et la nature elle-même semblait s'écarter, me laissant tout le loisir de faucher la vie de ma victime entre mes crocs meurtriers. Ah, j'adorais la nuit...La lune, les étoiles...J'aimais les sentir me couver du regard comme si elles m'avaient conçue après s'être unies pour toujours. J'aimais à penser qu'elles me guidaient à travers chaque pas du destin, même si tous les hommes sont nés pour trahir ce dernier. Petite, je m'imaginais que ma mère était la lune et mon père le soleil, qu’ils avaient tout deux pris forme humaine pour rendre matériel l'amour qu'ils se portaient depuis la nuit des temps. Que mon frère Caleb allait devenir un jour un soleil brûlant et flamboyant, et Spencer et moi, deux lunes qui régneraient justement sur un nouveau monde. Évidemment, mes vœux de fillettes ne s'étaient jamais réellement concrétisés. La lune avait fini par dépérir, jusqu'à sombrer dans le plus profond des abîmes. Le second soleil s'était consumé avant de disparaître dans les noirceurs effrayantes de l'univers. J'avais fini par vagabonder pendant des années, aveuglés par des journées sans nuit. Finalement, j'avais erré jusqu'au bout du monde, là où aucune lumière ne filtre et où les ténèbres sont éternelles...

En un soupir, tout peut s'évanouir. Le monde bascula soudainement, j'entendis le hurlement strident d'un corbeau qui s'envolait vers la lune comme s'il avait le Diable aux plumes. Je le suivis longuement du regard, l'enviant de ne pouvoir, tout comme lui, embrasser la lune du haut de son piédestal. Et lorsque mes yeux s'abaissèrent à nouveau dans la noirceur, il fut là. Beau, terriblement beau, encore plus que ce que mes souvenirs m'avaient laissés de lui. Il se mouvait comme l'eau sous un iceberg, agile, fluide, indomptable. Éternellement libre, impossible à enchaîner. Ses babines se retroussèrent, comme s'il me riait au nez, amusé par la situation. Bien qu'un écart encore bien plus grand que la distance physique nous séparait -je parlais là de nos forces respectives-, je ne pus me résoudre à étouffer sa vie comme on étouffe un feu crépitant. Je restai immobile, les yeux coulant sur sa peau aussi noire que la cendre, épousant, mémorisant chaque centimètres de son être. Puis, aussi silencieuse qu'une ombre, je plongeais dans les ténèbres, espérant fuir. Mais où ? Je n'en avais cure. Cette fois, je courrais jusqu'à l’essoufflement du regard, jusqu'à rejoindre ces terres où plus rien n'existe. Où la solitude est omniprésente et où la trahison et l'abandon n'ont donc plus lieu d'être.
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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Mar 19 Juin - 21:18



La forêt s'estompe peu à peu, nous délaissons les grands arbres pour rejoindre les terrains en friche qui bordent la ville, tous deux perdus dans notre errance haletante. Où fuis-tu ma tendre amie ? Où fuis-tu ? Je ne te lâcherais pas, pas maintenant, alors que nous sommes si près. Alors que je pourrais presque frôler ton pelage moiré, le toucher et te dévorer. Mais la chienne ne cesse d'accélérer, courant comme une dératée parmi les herbes folles, esquivant avec grâce les carcasses de voitures qui s'entassent ; gardiennes veillant dans le silence de l'obscurité. Une voie ferrée se profile à l'horizon, elle bifurque et traverse les rails sans hésiter, tentant une nouvelle fois de me semer. Changeant d’itinéraire à mon tour, je poursuis ses traces éphémères, filant à travers la végétation chaotique. Trop lent. Le chemin de fer vibre soudain, affolé par l'arrivée d'un train qui passe à toute allure, me coupant brutalement la route. Bordel.

***

Sa trace, écorchure à peine sensible, finit par me conduire jusqu'à une petite propriété où je pénètre sans mal, sautant par dessus la fragile clôture. Arrivant jusqu'à sa demeure, je m'immobilise brusquement. Elle est là, dans son salon, immobile et droite sur sa chaise, ne m'apercevant pas à travers la fenêtre ; vestiges du passé qui refont violemment surface. Léo, si belle, contemplant le paysage qui s'étend sous nos pieds. Léo, se retournant avec lenteur, un sourire funeste aux lèvres. Léo levant les yeux vers moi, faisant taire tous mes doutes. Léo et ses rêves, ses promesses, ses serments détestables.

Insidieux et brutal, le doute m’envahit soudain. Est-ce vraiment utile de venir lui vomir mes quatre vérités à la gueule après toutes ces années ? Après cette éternité passée loin d'elle ? Je n'aurais qu'à l'éviter, qu'à faire comme si cette nuit n'avait jamais existé. L'animal gronde un instant puis se tait. La course nous a épuisé. À quoi bon ? Peut-être est-ce mieux ainsi. L'oubli est parfois salutaire, rouvrir les vieilles plaies, inutile. Faisant demi-tour après un dernier regard, je déguerpis dans la brume, la laissant à son sort.

***


La route s'évanouit sous le crissement des roues avides ; malaise qui s'installe peu à peu. J'ai retrouvé ma bécane, mes fringues et ma peau d'humain. Mais le soulagement fugitif que j'ai éprouvé en fuyant notre confrontation s'évanouit dans les ténèbres, bien trop volage. Rappelle-toi ses murmures cette nuit-là. Rappelle-toi ô combien elle paraissait heureuse. Et rappelle-toi la manière dont elle s'est évanouie avec ses chimères. Nouvelle déchirure qui écorche un peu plus ma raison. Ma moitié lupine s'agite derechef, sa colère et sa fierté bafouée me faisant hésiter un peu plus. Et si j'y retournais ? Juste pour lui parler. Pour s'expliquer. RAPPELLE-TOI. Sans que j'y prête attention, j’atteins déjà la fragile route qui conduit à son cottage, dépassant de loin la limite autorisée. Pour s'expliquer ? Il n'y a plus rien à dire. Plus rien à faire. La rage et ses ongles griffus me lacère de nouveau les entrailles ; phalanges blanchies qui s'agrippent aux poignées. RAPPELLE-TOI. Mes mâchoires se contractent instinctivement, j'ai envie qu'elle crève. Que tout ça se termine. RAPELLE-TOI. Ma Yamaha s'échoue dans les graviers, j'en descend, grimpe les petites marches, pousse la porte entr'ouverte. Pourquoi n'as-tu pas fermer cette putain de porte Léo ? Pourquoi me facilites-tu la tâche ? Le salon est désert, des bruits parviennent de la chambre, je m'y dirige comme un pantin, mû par une force qui me dépasse. Une énorme valise siège sur le lit, remplie de quelques vêtements éparts qu'elle entasse, sans se soucier de les plier. Elle n'a pas remarqué ma présence. Serais-je donc si invisible à ses yeux ? Tourne-toi et regarde-moi. Tourne-toi et regarde-moi bordel. Elle s'immobilise. Tournant ses pupilles écorchées vers ma personne. « J'ai longtemps rêvé de cette nuit Léo. Longtemps. » Et je lève mon Berretta en ton honneur. Mon index se crispe sur le métal glacé, incertain. Nos regards se croisent, je vacille un peu plus. RAPPELLE-TOI. Tuer le passé pour mieux l'écraser. Je ferme les yeux. Et presse la détente, vidant mon putain de chargeur, encore et ENCORE.

Elle s'effondre. Une éternelle moue étonnée sur ses lèvres mortes, son corps parfait tordu dans une posture étrange. Sa beauté figée jusqu'à ce qu'elle se décompose dans son cerceuil de chêne. Ça n'était pas si dur. Mes paupières se rouvrent lentement. Elle n'a rien.

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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Dim 24 Juin - 4:22

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U
n fantôme. Oui, c'est ça. C'est ce que j'avais dû voir. Mais alors pourquoi m'enfuyais-je ? Pourquoi avais-je si peur ? La terreur m'empoignait par les entrailles, m’assignant une cuisante douleur à l'abdomen. Non, ça ne pouvait pas être vrai, ça ne devait pas être vrai. Je n'étais pas prête. Prête à quoi ? À lui expliquer. Lui dire pourquoi j'étais partie, sans une lettre, sans un au revoir, mais il n'aurait pas compris, et il ne comprendrait pas plus à l'heure d'aujourd'hui. D'ailleurs, les raisons qui m'avaient poussées à partir soixante-dix ans plus tôt me paraissait peu valables tendis que la bête me pourchassait à travers la forêt toute entière. Mais il ne m'attraperait jamais. Ô non, jamais. Parce que je n'allais pas risquer de rester dans cet endroit au risque de faire face aux démons du passé. Lâche ? Oui, drôlement, mais quand on enchaîne merde par-dessus merde pendant 174 ans, on en vient à craindre fortement le jour où ce qu'on a semé nous reviens en pleine gueule. Pour le coup, je ne me sentais pas prête à affronter mon ex colérique en quête d'explications.

Mon ex. Cette appellation m’écorchai la langue. Non, pas ex, ni même ex-mari, car oui : Dimitri et moi nous étions mariés. Mariés, mais jamais divorcés. Je n'avais jamais osée entreprendre les démarches du divorce, lorsque la chose devint " légale " à une certaine époque. Pourquoi ? Parce que par le fait même, j'aurais dévoilée à Dimitri le lieu où je me terrais. Et au final, j'avais largement préférée me promener avec une bague de plus d'un millier de dollar au doigt, plutôt que d'avoir à subir le courroux de mon très cher mari...Oui...J'avais toujours pris la fuite lorsqu'il était question de Dimitri. Pourquoi ? Parce que je l'avais peut-être trop aimé, au final. À un point tel que cet amour m'avait consumé. À cette époque, j'étais encore jeune, tout du moins pour ce que l'on peut en dire des garous. Amoureuse par-dessus la tête, je ne savais pas encore ce que j'attendais de la vie. Il fallait dire qu'à l'heure d'aujourd'hui, je n'en avais toujours pas la moindre idée. Je me souvenais ô combien j'étais restée incomprise devant les rêves illusoires de Spencer, à savoir d'être mortel, de fonder une famille, de vieillir aux côtés de l'homme qu'on aime et de mourir avec lui, entourer de ses enfants. Aujourd'hui, je nourrissais les mêmes rêves. Je savais que j'aurais eue une existence parfaite à mes yeux si, autrefois, j'avais choisis de restée humaine. J'aurais trouvé quelqu'un, peut-être pas à la hauteur de Dimitri, mais avec qui j'aurais vécue dignement et simplement, comme toute créature en ce monde le devrait : de façon éphémère. L'expression Carpe Diem n'avait aucune signification pour des êtres comme nous. Les jours s'ensuivaient, longs et tous identiques, sans que le changement d'époque ou le vieillissement ne m'apportent la paix tant désirée.

Je me retrouvais dans la chambre des maîtres, celle du petit cottage que j'avais louée à mon arrivé et que je partageais seule, à remplir une valise trop grande pour le contenu que j'emmenais avec moi à chacune de mes fuites. Depuis que j'avais quittée l'Angleterre en 1922 aux côtés de Dimitri, je n'étais jamais restée au même endroit plus que quelques mois. Je n'avais plus de " chez moi " depuis bien longtemps déjà. No home, aucun endroit où rentré lorsque la journée était terminée. Personne ne m'attendait pour dîner le soir, personne ne m'embrassait lorsque je franchissais le seuil d'une porte, personne ne criait " maman " lorsque j'enlevais mon uniforme de travail. Juste un silence pesant, et une ambiance glaciale et froide, que je troquais toujours volontiers pour revêtir ma fourrure et aller dormir sous les arbres de la nature. Le ciel et les étoiles étaient mon unique toit, partout où j'aille. Les gens disaient souvent que la maison d'un homme se trouvait là où son cœur repose...C'est peut-être pour cette raison que j'étais une éternelle vagabonde.

Je ne me rendis compte de sa présence que lorsqu'il eut pénétré dans la pièce. Je reconnus son odeur, qui me rappelait celle de la forêt baignée dans la rosée les matins d'étés. Je reconnus sa respiration, profonde et chaude, qui sembla marquer ma nuque au fer. Je lui faisais obstinément dos, le regard fixé sur cette valise à moitié vide. Après près d'un siècle, je tentai de m'imaginer à quoi il pouvait bien ressembler. Avait-il toujours cette mâchoire et ce menton volontaire, ses deux épais sourcils foncés qui encadraient les deux icebergs qui lui servaient d'yeux ? Avait-il toujours ce sourire en coin, charmeur et malicieux, qui creusait des fossettes à la commissure de ses lèvres ? Et sa bouche ? Était-elle toujours charnue, pleine, sensuelle ? Je réprimai un frisson. Et me retournai. Oui, il était-là. Beaucoup moins fantomatique que ce à quoi je m'étais attendue, et plus beau encore que dans mes lointains souvenirs. Seul son style vestimentaire, accommodé à la mode d'aujourd'hui, avait changé. Il avait toujours cette négligence, remarquai-je, de se raser la barbe, et la témérité de chevaucher des engins que beaucoup aurait jugé dangereux, en voyant l'engin garé dans mon entrée. Puis il brandit l'arme fatale et mortelle droit devant moi. Elle aussi était belle, dans son métal réfléchissant et parfaitement polis, renvoyant le pâle reflet de la femme que j'avais été autrefois. Celle que j'étais aurait tout donné pour redevenir cette femme-là. Je souhaitais, également, et ce de tout mon cœur, que ce fusil-là soit chargé de balles en argent. Je fermai les yeux.
Et le monstre tira. Encore et encore, jusqu'à cracher sa dernière balle.

Silence. Manqué. Il m'avait manqué. La proximité était trop grande pour qu'il m'ait ratée à bout portant. Il avait fait exprès de m'esquiver. Une larme, aussi brève que chaste, coula sur ma joue avant de s'écraser au sol. La mort. Je ne méritais même pas ça, et pourtant j'en avais rêvé. Ô oui, j'en avais ô combien rêvé. Elle était si douce, si mystérieuse, si attractive...Il aurait été si facile d'y succomber. Mais la vie, elle, ne fait pas de quartier, et vous fait payer pour toutes ces choses sur lesquels vous avez craché avez mépris. Pourtant dieu seul savait combien que chérissais l'amour que j'avais portée à Dimitri, et que je porterai toujours, d'une certaine manière.

Nous nous regardâmes longuement. Non pas comme de vieux ennemis. Plutôt comme deux dépouilles fatiguées et écœurées de la vie. Nous étions las de jouer à ce jeu de fuite et de chasse. Je soupirai. « Ça fait longtemps, Dimitri...Bien trop, longtemps... » lâchai-je en fixant l'arme vide à sa main droite, alors que, à mon annulaire gauche, brillait toujours la splendide bague flanquée d'un rubis qui avait, bien des décennies plus tôt, scellée notre union.
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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Ven 6 Juil - 20:49

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Pourquoi, bordel, pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu que ce soit toi Léo ? Pourquoi toi et pas une autre ? Elle n'a jamais rien eu de plus, rien qu'un goût amer sur les paupières, une tristesse dégueulasse et ces adieux, ces adieux terrifiants. Au fond, peut-être est-ce pour ça que je l'ai tant aimé. Parce qu'elle a été la seule à vouloir m'oublier. À vouloir contempler le cadavre de notre histoire, éclaté sur le plancher. Douce ironie. Ce que l'on aime nous fuit. Ce que l'on fuit nous aime. L'éternel dilemme de la condition humaine. Et l'aurais-je autant apprécié si j'avais déjà été transformé à l'époque ? Sûrement pas, notre relation aurait été désespérément moins tragique. Ni sang, ni pleurs, ni cris, rien qu'un mortel ennui. Aucune fuite extatique à travers l’Europe, aucune silhouette éplorée au levant, aucune cause perdue à brandir comme un étendard sanglant. Pauvre petit humain si stupide, aveuglé par la grandeur, l'éternelle beauté ; pantin se contemplant à travers le reflet déformé de son âme, s'admirant dans sa déchéance. Tout paraît si savoureux quand on a mal. Ce goût âcre que l'on implore, cette liqueur acide qui fait office de sentiments, cette lie que l'on s'empresse d'avaler avant qu'elle ne s'évapore. Et maintenant ? Maintenant je ne suis pas même capable de régler tout ça proprement. Pas même foutu de lui enfoncer une balle dans le crâne. Aussi ridicule qu'un adolescent emporté par ses premiers émois. Qu'est-ce que je fous là bordel ? Qu'est-ce que j'espérais trouver ici au fond ? Rien. Rien qu'une absolution sordide qui, finalement, n'existe que dans mes rêves.

Le silence après les hurlements de la poudre. Pas vraiment dérangeant, simplement là, s'étalant doucement entre nous. Ses lèvres finissent pourtant par s'agiter, décevantes dans leur vérité. « Ça fait longtemps, Dimitri... Bien trop, longtemps... » J'esquisse un sourire anémié. À qui la faute ? Qui m'a soigneusement fuit durant toutes ces années ? QUI ? Je n'ai même plus la force d'en rire. Encore moins d'en pleurer ; colère vomie par l'acier, ne laissant qu'une carcasse vidée. Burn baby, burn. Le flingue me glisse des mains, le métal vient mordre le parquet, fracas retentissant. Je reste un instant là, à la contempler sans mot dire. Et puis je m'assois sur le lit, poussant la valise d'un geste fatigué. Nous sommes toujours les mêmes, Léo. Dans les tréfonds, rien n'a changé. Le fil noir qui nous unit brûle, encore et encore. Il nous consumera nos os et la moelle de nos os et, nous aurons beau implorer le néant, il continuera de brûler Léo. Il continuera.

Main lasse qui s'étend sur mon visage. Je n'arrive pas même à desserrer les lèvres ; chair cousue d'une honte indistincte, liée par un ridicule douloureux. Comme un sarcasme railleur, je remarque qu'elle porte encore son alliance. Seigneur, comment peut-elle encore garder cet encombrant souvenir ? Pour le meilleur et pour le pire. Il semble que nous ayons signé pour le pire. Je suppose qu'elle n'a jamais voulu divorcer pour ne pas se faire remarquer, pour rester cet immatériel dragon que je me suis entêté à pourchasser. Quand bien même, notre contrat a-t-il encore la moindre valeur ? Existe-il toujours, perdu parmi les archives poussiéreuses de la petite église parisienne où il avait été célébré ? Après tout, nous sommes censés être morts depuis bien trop longtemps. Que dirions-nous au juge ? Que les dates sont fausses ? Bordel, toute cette histoire paraît si invraisemblable. La retrouver, après toutes ces années. Quand, enfin, la déchirure semblait s'atténuer, disparaître, presque. Mais tout se brouille et s'avale dans l'inconstance, l'inconnue monstrueuse, celle qui surgit avec la stupeur, celle qui fait vaciller avec empressement mes timides repères. Et sa vie désormais, quelle est-elle ? A-t-elle trouvé ce bonheur chimérique qu'elle a fuit durant tout ce temps ? L'imaginer avec un d'autre me donne encore la gerbe. Douce illusion, l'odeur d'un étranger plane dans l'air ; carcasse trop délabrée pour ressentir la moindre colère. Ma chaste et pure Léo, que me suis-je donc imaginé sur ton compte ? Si tu ne peux être avec moi, tu ne seras avec personne.

Je finis par lever les yeux vers elle, cessant de fuir son regard. Ma peine est exsangue, sa vie se meurt et il ne me reste plus qu'un cadavre inutile à porter. « Bien trop longtemps ? C'est tout ce que tu trouves à me dire ? Bordel, Léo, ça va faire plus d'un demi-siècle. Un demi-siècle. Presque une vie à te courir après. Je t'ai tellement haïe, je t'en ai tellement voulu. » Je t'ai tellement voulu. Toi, toi et toi. « J'ai attendu ton retour, un cri, une lettre, une putain d'explication. Mais sa Seigneurie ne m'a même pas accordé cette grâce, préférant s'enfermer dans sa tour d'ivoire. J'en sais rien Léo, j'en sais rien. Je n'arrive même plus à t'exécrer assez pour vouloir te tuer. » Mes mâchoires se crispent ; sel mordant qui vient s’épandre sur les anciennes plaies. Parler pour tenter de cautériser. Mais il serait presque trop simple de tout résoudre ainsi, si calmement. « Qu'est-ce j'ai fait pour mériter ça ? Je n'ai jamais eu la prétention d'être parfait, seigneur, je sais bien que non. Mais quelques mots auraient-ils été de trop ? » Si, à tes yeux, j'ai un jour compté, tu me devais bien ça.

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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Dim 19 Aoû - 17:24

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U
n amour aussi brûlant que démentiel. Voilà ce qui nous avait consumés, Dimitri et moi, jusqu'à ne laisser des cendres du couple que nous avions formés. Des braises, encore fumantes, d'une romance qui s'était terminé beaucoup plus dramatiquement qu'elle ne l'aurait dû. Encore aujourd'hui, je regardai les petits morceaux épars de mes rêves brisés, abandonnés derrière il y avait de cela trop longtemps pour que je puisse m'en rappeler. Des enfants. Une famille. Un foyer. J'avais fait de Dimitri, le pilier fondateur de cette nouvelle vie que j'avais entreprise après m'être enfui de l'Angleterre en sa compagnie. D'abord et avant tout des amants que même une sœur follement jalouse n'avait pu séparer, le lien qui unissait un lycanthrope à l'être qu'il a transformé avait rendu notre relation désespérément plus complexe. Nous avions erré ensembles pendant vingt ans. Vingt ans à s'aimer jusqu'à en crever. Au final, la plus flagrante de mes erreurs avaient peut-être été de trop aimer Dimitri. À un point tel que cet amour-là m'avait mise en danger, et que j'avais ressentis le besoin incommensurable de fuir. À jamais.

Et maintenant, alors que le destin s'entêtait à des retrouvailles beaucoup moins solennelles que tout ce à quoi je m'étais attendu, je réalisais que soixante-dix ans n'avait pas été assez long pour me permettre d’effacer Dimitri. Je savais qu'il était le genre d'homme que l'on ne peut ranger dans un recoin lointain de notre mémoire, mais j'avais espéré qu'un jour viendrait où je le croiserais au tournant d'une ruelle, sans que nous nous arrêtions ni l'un ni l'autre pour se sauter à la gorge. Peut-être aurait-il rencontré quelqu'un d'autres, moi de même, et la terre aurait été, à ce moment-là, assez vaste pour nous deux. Hélas, je savais que notre histoire n'était pas de celles qui pouvait se finir à la fois heureusement et séparément. Trop de choses nous avaient unis, trop longtemps. À commencer par l'anneau en or blanc au Rubis étincelant que je m'étais toujours entêté à porter. Même après être partie, il n'avait jamais quitté mon annulaire gauche.

Je n'arrivai pas à détacher mes yeux de sa silhouette fatiguée, assise sur le lit là où la valise avait précédemment reposée. Il m'apparaissait comme un fantôme ; Celui, beaucoup trop réel, qui avait hanté mes songes ces 7 dernières décennies. Je restai immobile, beaucoup moins officielle que celui dans mon petit peignoir de satin noir. « Bien trop longtemps ? C'est tout ce que tu trouves à me dire ? Bordel, Léo, ça va faire plus d'un demi-siècle. Un demi-siècle. Presque une vie à te courir après. Je t'ai tellement haïe, je t'en ai tellement voulu. » Un demi-siècle, oui. Un demi-siècle à l'éviter soigneusement à travers les pays et les villes, cachée sous diverses identités et faux-passeports. Oui, je l'avais évité. Mais pas pour les raisons auxquelles il s'attendait à me voir répondre. J'avais été lâche. Diablement lâche. Parce que j'avais été effrayé de l'infinité à laquelle on peut s'abandonner pleinement à quelqu'un lorsqu'on aime, jusqu'à se perdre. Et s'oublier. Je savais, dès lors que nos chemins s'étaient malencontreusement croisés dans cette forêt, que notre histoire était bien loin d'être terminé. Je soupirai, les poings soigneusement fermés. Dimitri n'avait probablement aucune idée de toutes les dégoutantes vérités qui se cachaient derrière les restes de notre aventure.

« Qu'est-ce j'ai fait pour mériter ça ? Je n'ai jamais eu la prétention d'être parfait, seigneur, je sais bien que non. Mais quelques mots auraient-ils été de trop ? » Paupières qui se referment douloureusement. Diable, je n'avais jamais voulu cela. Et malgré le désir grandissant de l'enlacer pour le réconforter comme une mère sèche les pleurs amers de son fils, je restai figé sur place, sachant pertinemment que tout contact physique nous serait fatal. Car même à cette distance, l'odeur familière de son être, mêlée aux innombrables parfums de précédentes conquises, se frayait un chemin jusqu'à moi. Moi qui était trop fébrile, trop fragile, mais surtout encore bien trop amoureuse pour faire face à ce genre de confrontation. Mais il fallait s'y résoudre, parce que la fuite n'était plus une option. « Je ne t'ai jamais demandé aucune perfection... D'ailleurs, je ne me souviens pas avoir déjà demandé quelque chose de toi. » Et c'était vrai, même s'il s'agissait-là de piètre réconfort. Dimitri connaissait bien l'ampleur du pouvoir de soumission que je possédais, et pourtant en vingt ans de vie commune, je ne l'avais jamais employé sur lui. Je me l'étais interdis. Ça, et bien d'autres choses... « Une lettre t'aurait-elle simplement suffit ? Un au revoir ? Des excuses tristement étalées sur du papier ? Je ne t'ai jamais haïs, jamais détesté. Au contraire. Je t'ai aimé bien plus qu'il ne l'aurait fallu....Pour ton bien. » Et je savais que ces mots-là étaient décevants et ne lui procureraient aucune satisfaction, me refusant à l'emploi du verbe aimer au présent même s'il aurait bien mieux représenter l'état actuel de la situation. Je n'avais pas les explications haineuses et acerbes qu'il s'attendait probablement à m'entendre crachés depuis des années. De toute manière, il était trop tard pour une quelconque rédemption.

Et parce que cette proximité était si douloureusement poignante, je ne pus m'empêcher de forcer le faible rempart de ses jambes pour enlacer sa silhouette courbée. Je plongeai avidement mes mains dans sa chevelure soyeuse, humant mélancoliquement leur odeur si caractéristique. Je serai son corps contre le mien, comme des mémoires retrouvées que l'on a si longtemps cherchés. Debout tandis qu'il était assis, je dominai la scène alors qu'au fond de moi, je savais que Dimitri avait un plein pouvoir sur ma personne que personne d'autre n'aurait jamais. J'attendais d'une minute à l'autre le rejet, la colère, le coup mortel qu'aucune balle n'avait porté jusqu'à lors. Mais pour l'heure, je voulais me repaître une dernière fois de son être dont j'avais si maladivement manqué.

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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Lun 17 Sep - 4:24

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Les mots s'étiolent dans l'air, lourds de leurs peine noirâtre et inutile. Seigneur, si inutile. Pourquoi avoir à souffrir encore, après tout ce temps ? C'est une mélodie qui tourne en boucle, raclant ses notes vengeresses contre les parois de mon crâne. Il est humain de tuer l'être qu'on aime a dit Wilde. Alors pourquoi je n'arrive même pas à tuer nos souvenirs ? J'ai eu l'espoir, un instant, que venir ici mettrait un terme définitif à cette histoire. Mais la vie ne vous fait pas oublier si facilement ce qu'elle vous prend. Elle vous l'enlève et laisse, à la place, un trou fait de néant qui dévore tout ce qui voudrait le combler. J'aurais dû fuir, fuir tant qu'il était encore temps. Ne pas chercher à comprendre, ne pas chercher à venger. Courir et courir pour ne pas céder. Parce qu'il est trop tard pour reculer. « Je ne t'ai jamais demandé aucune perfection... D'ailleurs, je ne me souviens pas avoir déjà demandé quelque chose de toi. » Vague sourire, j'aurais peut-être préféré. Préféré que tu exiges trop de moi et que je puisses m'en aller loin, sans regrets pour cette attention dévorante que tu m'aurais porté. Mais tout était si parfait. Si délicatement mesuré. Si élégamment fascinant. Comment faire le deuil de quelqu'un si l'on ne peut rien lui reprocher ? La saveur de la haine est mille fois plus suave que l'amertume du manque. Le manque qui, une fois la stupeur et la rage passée, s'installe pour ne plus jamais s'en aller. « Une lettre t'aurait-elle simplement suffit ? Un au revoir ? Des excuses tristement étalées sur du papier ? Je ne t'ai jamais haïs, jamais détesté. Au contraire. Je t'ai aimé bien plus qu'il ne l'aurait fallu... Pour ton bien. » Pour mon bien ? J'aurais aimé décider avec elle des dispositions à prendre concernant la chose ; constat acide de celui qui se sent soudain comme un enfant. Elle a tranché pour moi, pensant faire au mieux mais, parfois – souvent - ça ne suffit pas. Non, une lettre n'aurait pas suffit. Que tu restes, aurait suffit. Je ne t'ai jamais haïs, jamais détesté. Au contraire. Elle a disparu dans le silence pour moi. Comme c'est touchant. Phalanges qui blanchissent à ces mots plein d'une douloureuse vérité. Trop fier pour l'admettre, je ne répond rien, mes yeux se détournant des siens, se fixant sur un illusoire point sur le sol. Va crever.

Mais la chienne ne me laisse pas en paix. Ses talons légers effleurent le sol, se rapprochent et s'échouent près de moi. Ses doigts viennent se perdre dans ma crinière ; caresse au parfum amer. Elle me retient contre elle, m’étouffe dans ses bras, me noie dans son ivresse et exacerbe un peu plus notre mal livide. Je reste un instant comme paralysé, hésitant à la rejeter. Il serait si facile de me redresser, un ricanement aux lèvres, de la contempler et de m'en aller, sans dire un seul mot. À chacun son tour, mon amour. Un hurlement muet, une claque silencieuse. Une vengeance délicieuse. Délicieuse ? Vraiment ? Après tout ce temps ? Les traits décrépis, la beauté fanée, l'haleine usée, une revanche poussiéreuse dont la fièvre s'en est finalement allée depuis une éternité. Rien n'est oublié, rien n'est pardonné, tout est seulement si vieux, si délabré. Cela servirait-il que je déchire un peu plus la chair de son espoir ? Sûrement pas. Sûrement. Sûrement pas. L'idiot balance, hésite à se montrer un peu adulte pour une fois. Ce sera bien la dernière me dis-je en l'enserrant à mon tour.

L'étreinte des damnés, des condamnés, la dernière, celle qui laisse un goût de cendre sur le palais. Mais peut-être la plus terrible dans sa grâce. Mes mains s'égarent dans les plis vaporeux du tissu, ma tête contre son buste et ma raison qui s'abandonne dans un murmure. Combien de temps avons-nous passé ainsi ? Une poignée de secondes. À peine le temps pour nos loups de s'éveiller et de se retrouver de nouveau, lavés du fiel de la discorde. Rien n'importe dans ces moments-là que la substance des choses, que leur moelle intime ; peu importe le monde et ses humeurs vagabondes. Mes sensations se limitent à cette vie embrasée qui s'attarde entre mes doigts.

Mais ça ne lui suffit pas. Il en faut plus, tellement plus. La faim s'ébauche soudain, la bête et sa faim, la bête qui a si brutalement faim d'elle. La douceur se brise sur le sol, ne reste plus que la famine du désir, celle qui creuse les esprits et les reins. Il la veut. Si fort. Et il m'est si facile de la faire basculer sur les draps. La traîtresse ne proteste même pas, la bouche ourlée d'un rictus brusquement si carnassier alors que je m'entête à vouloir la surplomber. Les loups grondent et se chamaillent, s'agacent et brûlent tandis que la chair se cherche, se mêle et se déchire. Les lèvres ne sont plus que des crocs qui s'affrontent en se moquant, les doigts, des griffes caressantes prêtent à trancher. Trop ravagée par le désordre de notre impatience, la lucidité se terre dans un recoin du crâne, laissant les corps à la merci des animaux ; mains qui s'abîment déjà sur ses cuisses opalines. Qu'importe, nous sommes tous deux si affamés.

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MessageSujet: Re: à nos lendemains. [Léo]   Mar 22 Jan - 20:35

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    U
    ne simple caresse et tout s'enflamma. Soixante-dix ans sans se voir et ma chair se rappelait encore de ses étreintes douloureusement passionnées. Le sillage abandonné derrière une main baladeuse suffit à nos raisons de s'éclipser et à nos loups de s'attaquer voracement. Basculée sur le lit, je n'eus aucune chance de stopper notre élan alors qu'il en était encore temps. Reins enflammés, bouches affamés, mains impatientes : le monde bascula dans une dangereuse ivresse. Pêle-mêle entre les vêtements et les draps, je m'accrochai aux hanches de mon bourreau comme une naufragée à une bouée en pleine tempête. Mon désir s'attisait davantage à chaque nouvelle parcelle de chair dévoilée, suivit par mes mains et mes lèvres qui ne savaient plus où donner de la tête. La valise, si traitresse, finit par être expulsée du lit, trop volumineuse pour figurer sur notre champ de bataille. Et alors que peu à peu, la chemise et les pantalons cédaient à mes caprices, j'attentai avec impatience cette splendide nudité que j'avais eu pour habitude de côtoyer de façon journalière...

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    FLASH BACK ON
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    Italie, 1928

    C'est en riant et en traînant tant bien que de mal nos bagages pourtant maigres que nous aboutîmes enfin à notre suite d'hôtel. Renfermant la porte maladroitement, nous finîmes par abandonner nos valises sur le sol pour nous échouer sur le lit gigantesque à baldaquin de nos appartements. Hilare, j'escaladai Dimitri pour me jucher sur ses hanches, un sourire aux lèvres, les joues empourprées. « Enfin ! J'ai crus qu'on y arriverait jamais... » Souriais-je. Après près de 3h de vol et 5h sur la route, nous étions finalement arrivés à destination. Je contemplai notre chambrée. Cuisinette, bar personnel, tapisserie baroque et lustre de faux cristaux, certes tout de même beaux. Notre chambre donnait sur une salle de bain immense avec une baignoire au proportion hallucinantes et une petite piscine, visiblement. Je ne pus m'empêcher de rire, à nouveau. « Tu as vue la taille de la baignoire !? Il faut absolument qu'on aille prendre un bain tout à l'heure. » Dimitri souriait, visiblement amusé, avant de me faire basculer sous lui, remontant déjà la jupe de mon tailleur marin sur mes cuisses basanés. « Ça devra attendre, Mademoiselle O'Neal... » Et je lui tirai la langue, avant d'abaisser mes yeux sur la fine bague scintillant d'un rubis qui ornait mon annulaire gauche. Même mariée, j'avais de la difficulté à m'habituer à cette appellation. « Pourquoi c'est moi qui doit revêtir ton nom, hum ? Pourquoi pas Dimitri O'Neal Jones ? C'est joli non ? » Et il s'esclaffa, faisant taire mes protestations d'un rapide baiser. « Mais oui, my love, tout ce que tu voudras... »

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    FLASH BACK OFF
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    Les remords. J'en avais eu toute ma vie. Et même si après avoir fuis, j'avais soigneusement évité tous les endroits où Dimitri avions vécus, les regrets m'avaient accompagnés partout où j'allais. Enfin, le voile tomba. Ma vue s'embrouilla et les larmes, bientôt, inondèrent mon visage. Dimitri sembla comprendre ce qui se passait, puisque le manège cessa et il se redressa, finalement, au-dessus de ma carcasse. Je détournai le regard, honteuse, fragile, étalée entre ses bras comme les multiples morceaux épars de mon cœur qu'il avait longtemps du pensé comme étant fait de pierre. Oui, elle était là l'ironie : C'était moi qui l'avais abandonné, et c'est moi qui pleurais. À chaudes larmes, qui plus est.

    J'avais peur qu'il s'en aille, peur que, agacé par mes sanglots alors qu'il n'était venu quêter qu'un de chaleur, il quitte cette maison, me quitte moi, pour ne plus jamais revenir. Hors je me refusai à cette idée. Je m'accrochai si désespérément à sa nuque, à l'espoir qu'il pourrait peut-être, encore, me revenir, qu'il n'eut d'autres choix que de capituler, s'allongeant à mes côtés. Inconsolable, incapable de stopper ma peine, je nichai mon visage au creux de son cou, là où mes larmes échappaient à son regard que je redoutais comme étant méprisant. « Je suis désolée... » arrivai-je simplement à dire. Je sais. C'était bête, et inutile, après tant d'années. Mais je l'étais tellement, j'étais tellement pleine de honte et de regrets. « Ne me déteste pas, » le suppliai-je, me cramponnant encore davantage, si cela était possible. « Je t'aime trop pour supporter que tu me haïsse...J'ai trop besoin de toi pour supporter le fait que tu ne veuilles plus de moi... »

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